NEER PROJECT

14/08/2005 - Hier a couru se cacher pour m'oublier

Le plus dur c’est de se retourner quand on est seul. Se justifier c’est pas le drame, ça nous les brise, parce que le silence nous berce, il tombe un peu de la pluie, puis il pousse sous l’herbe de la mousse, coussin pour nos rotules, fatiguées des marches. Mais se retourner tout seul voilà l’angoisse complète. L’oppression totale. Je cherchais des murs, je voulais m’appuyer, sentir des limites pour m’y heurter, mais y avait rien. Je pouvais courir mais plus rien fuir, on m’appelait pas, je me serais couchée dans le vent, un coq sans pattes. Je me souvenais de visages, et tous m’interpellaient par leur calme, rien ne les distinguait de la plante, j’étais le seul vivant, l’unique bataille d’un univers auquel j’avais accordé le crédit d’une résistance et qui me narguait en m’acceptant. Le meurtre n’avait rien arrangé, rien ne me faisait punir par le ciel. J’étais la sécheresse du ciel, sa défaite face aux reflets des miroirs. Je voulais de la culpabilité mais dans l’atmosphère. Mais rien ne changeait. Le swing de la guillotine rangé au placard, j’ai couru me prosterner devant la corde des pierres, le temps. Je me suis assis sur le corps mutilé du cogne. Il commençait à faire plus sombre et un peu de fraîcheur me rassurait par à coup de frissons. Je reprenais confiance en la nuit. Hier allait m’oublier, hier… le dernier juge des hommes.

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