8/03/2006 - Für Alina 1
- Moi Chloe, je ne comprends pas cela : qu'on puisse aimer un homme. Comme si, je t'aime, ça voulait dire, effectivement : quelque chose. Moi, quand j'ai aimé, je n'en suis jamais venu : aux mots. Jamais, c'est-à-dire, comme dans un combat, je n'en viens jamais aux mains. Toujours, les siennes agrafaient son soutien-gorge, puis son chemisier bleu clair, d'un de ces bleus clairs où la distance d'un tout océan manquait, sans empêcher d'y faire flotter l'envie de plonger, et, comme elle s'activait à s'habiller, ses seins laissaient place à une poitrine, maintenant vêtue, désirable, comme un plat : qu'on aurait enfin placé sur table pour le servir. Ses doigts coordonnaient leurs allées et venues sur les boutons, de façon à couvrir avec le plus d'efficacité ce temps léger qui séparait sa nudité topless de ce moment particulier d'éveil de la beauté où se trouve le corps fraîchement recouvert d'un habit : comme un paysage exposé à l'aube. Au dessus de sa lèvre, l'air prenait grand soin à ne rien sentir, pour éviter tout pleur déplacé. Comme les larmes viennent du nez, il y a chez les femmes une haleine de la peine : comme si tous ces mots qu'elles s'interdisent de dire, en les ravalant avec force salive, en même temps qu'ils partent alimenter leur estomac de lourdes boules, lourdes autant qu'un deuxième coeur - un coeur : de peine - , comme si donc ces mots s'échauffaient entre les claquements de dents jusqu'à ressortir de cette grotte qu'est le bouche, sous la forme d'une sublimation chargée autant qu'un nuage duquel pleuvrait de l'eau de mer. Si l'on remontait encore, escaladait son nez, d'où l'on pouvait, du reste, en marquant une pause, obtenir une place de choix avec vue sur l'ensemble face du corps, l'on tombait sur ses yeux et, comme il lui appartenait de les porter, ils régnaient sur elle avec toute la fierté de la lumière pour son astre. Et de ses yeux, Aline bisait ma joue tout en me la chatouillant un poil, car elle avait des cils longs, des cils où les larmes avaient le temps de perdre en consistance avant de chuter puis couler sur la joue, des cils en fils d'araignée.
|